Risque de Change

« Debasement Trade » et Crash du carbone : Piloter la trésorerie à l'heure des ruptures structurelles 

Dans un environnement macroéconomique où l’incertitude devient structurelle, la résilience financière ne se décrète plus : elle se pilote par l’anticipation. Le pilotage de la performance en 2026 exige une lecture agile des signaux faibles de marché. Selon les analyses récentes de Nomura, la volatilité moyenne d’une action américaine a atteint 10,8 % au cours du mois écoulé, un seuil qui excède significativement les moyennes historiques et fragilise les modèles de prévision classiques.

Pour les directions financières, cette instabilité valide l’émergence du « debasement trade ». Ce pivot stratégique consiste à arbitrer les actifs monétaires traditionnels, menacés par l’érosion du pouvoir d’achat des devises et les doutes sur l’indépendance des banques centrales, au profit d’actifs tangibles ou « hard assets ». Pour un CFO, cela implique une réévaluation immédiate des politiques de placement de trésorerie et une surveillance accrue de la corrélation entre dépréciation monétaire et inflation des actifs stratégiques.

Marché ETS : Comprendre le crash des quotas carbone

Le Système d’échange de quotas d’émission (ETS) de l’Union européenne, conçu pour internaliser le coût environnemental, subit une correction qui remet en cause la lisibilité des investissements « Green ». Le principe du marché est simple : un plafond d’émissions décroissant renchérit le coût de la tonne de CO₂ pour inciter à la décarbonation. Pourtant, la mécanique s’est enrayée sous l’effet d’une pression politique concertée.

Le cours est passé de 91 €/tCO2 à 69 €/tCO2 en l’espace de quelques semaines.

Signal critique : Le marché ETS a perdu un quart (1/4) de sa valeur en seulement un mois.

Ce crash résulte d’un lobbying intense mené par l’Allemagne et l’Italie, exigeant un assouplissement de la tarification du carbone. Pour le CFO, ce recul pose un dilemme de ROI : comment valider des investissements massifs dans des technologies bas-carbone si le signal-prix s’effondre ? L’enjeu est désormais d’intégrer un prix interne du carbone déconnecté de la volatilité politique pour sécuriser les trajectoires ESG à long terme.

Matières Premières : Paradoxes de l'offre et de la demande 

Le paysage des commodités révèle des cassures structurelles que les directions financières doivent intégrer dans leurs budgets d’approvisionnement et de couverture.

  • Cacao et Sucre : Le cacao enregistre un « prix à la casse » avec un effondrement de 70 % par rapport à son pic de décembre 2024, porté par des stocks invendus en Afrique de l’Ouest. Plus significatif encore, le sucre subit une baisse de demande structurelle. Aux États-Unis, l’adoption massive des traitements anti-obésité (GLP-1) modifie en profondeur les modèles de consommation. Pour les entreprises de l’agroalimentaire, il ne s’agit plus d’une variation cyclique, mais d’une donnée de forecasting à long terme.
  • Pétrole : Le Brent s’établit à 71,12 $ (+6,11 %). L’OPEP+ adopte une posture agressive : regagner des parts de marché par des prix « rabais ». Si une valorisation à 61 $ menaçait l’équilibre budgétaire des pays producteurs, le niveau actuel de 71 $ offre une marge de manœuvre suffisante pour maintenir cette stratégie de volume.Attention toutefois : le marché surveille de près une éventuelle frappe américaine contre l’Iran, un « market mover » majeur pour les décisions de production d’avril.
  • L’Argent : Ce métal s’affirme comme l’actif critique de la décennie. Indispensable à l’industrie de l’IA et de la Défense, l’argent souffre d’un déficit d’offre chronique depuis cinq ans, avec un pic de production mondiale atteint dès 2016.Signal stratégique majeur : les États-Unis envisagent désormais de constituer des stocks stratégiques, classant l’argent comme minéral critique, tandis que la Chine durcit ses contrôles à l’exportation.
  • L’Or : Dans le cadre du « debasement trade », l’or atteint un niveau record de 5005 $ (-0,46 % sur la semaine). Ce prix, bien que décorrelé des standards passés, reflète une méfiance absolue envers les monnaies fiduciaires et une quête de valeur refuge ultime.

Forex : Signaux faibles et basculements de liquidité

Le marché des changes témoigne d’une érosion de la confiance envers le dollar et d’un repositionnement de l’euro comme vecteur de liquidité internationale.

  • EUR : La monnaie unique gagne en influence. La décision de la Banque Centrale Européenne (BCE ) d’élargir l’accès à ses liquidités à des banques centrales hors zone euro renforce son statut dans les paiements transfrontaliers.
  • GBP : La livre subit la dégradation du marché du travail britannique. La hausse du salaire minimum est officiellement pointée du doigt comme frein à l’emploi des jeunes, ouvrant la voie à une baisse des taux de 25 points de base par la Banque d’Angleterre.
  • USD : Le billet vert traverse une crise de sentiment. Selon Bank of America, les gestionnaires d’actifs n’ont jamais autant vendu le dollar depuis 14 ans. Le spot

EUR/USD s’établit à 1,1771 (-1,20 % sur la semaine). Les doutes sur l’indépendance de la Fed face aux pressions politiques et la crainte d’une bulle technologique pèsent lourdement sur la devise de réserve.

5. Focus Métaux Précieux : La nouvelle psychologie de l’Or

Le marché de l’or traverse une mutation psychologique profonde. En janvier 2026, les particuliers ont acheté six fois plus d’or que sur l’ensemble de l’année 2023. Cette demande souveraine et privée (22 % des transactions journalières) forme un socle de résilience inédit.

Parallèlement, le rapport Commitment of Traders de la CFTC montre que les fonds spéculatifs ont réduit leurs positions nettes de 23 % sur l’or et de 42 % sur le platine. Cependant, ces sorties institutionnelles doivent être interprétées comme de simples prises de bénéfices techniques et non comme un retournement de tendance.

Pourquoi l’or est résilient en 2026 : La résilience de l’or en 2026 repose sur une mutation psychologique : la demande physique massive des particuliers et des banques centrales compense désormais intégralement les sorties de capitaux spéculatifs institutionnels.

Niveaux de support et résistance hebdomadaires

« Le Saviez-vous ? » : Le pivot énergétique saoudien

Une mutation profonde s’opère chez le premier exportateur mondial de brut. L’Arabie Saoudite a enregistré en 2025 la deuxième plus forte baisse de consommation de pétrole au monde (-60 000 barils/jour). Ce recul n’est pas le signe d’une récession, mais d’une substitution technologique : le gaz remplace désormais le pétrole pour la production d’électricité domestique. Ce virage libère des capacités d’exportation tout en alimentant les infrastructures énergétiques de leurs futures « Smart Cities », redéfinissant les équilibres de l’offre mondiale.

Anticiper plutôt que subir : l’impératif trésorerie du CFO

Pour le CFO, la gestion de trésorerie en 2026 ne peut plus se contenter d’une approche passive. La convergence d’un dollar affaibli, d’un marché carbone soumis à des arbitrages politiques brutaux et d’une demande structurelle de métaux critiques — en particulier l’argent, dopée par l’IA et la défense — impose une réallocation dynamique vers des actifs de résilience et une refonte des stratégies de couverture.

Dans un monde où le debasement trade devient un cadre d’allocation à part entière et où les signaux-prix (carbone, devises, commodités) sont de plus en plus discontinus, la couverture ne peut plus être statique ni purement tactique. C’est dans cette logique que s’inscrit la solution DeftHedge : grâce à une plateforme interconnectée et algorithmique, elle permet de transformer une exposition subie aux risques de change et de matières premières en avantage compétitif mesurable, en automatisant les arbitrages et en intégrant des scénarios de stress macro-financier.

Alors que les tensions sur le marché du travail s’accentuent globalement, une question demeure : votre stratégie de couverture est-elle prête à absorber un pivot monétaire?

Sources:

Institutions & Banks: Federal Reserve (Fed), Comisión Chilena del Cobre, BNP Paribas Economic Research, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Financial & Economic Press: Bloomberg, Reuters, Barron’s, MarketWatch, Les Échos, Le Monde, El País, AGEFI, Journal de l’Économie, Market & Commodity Analysis Websites: ZoneBourse, Investing.com, Cours-Or.fr, Le Blog Finance, Prix du Baril, Abacor, XTB, Corporates & Investor Reports: Investor Relations Cisco, PR TSMC, HP Inc.
Other Sources: DeftHedge.

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A propos de l’auteur

Olivier Lechevalier, Directeur Business Unit DeftHedge

Olivier Lechevalier, co‑fondateur de DeftHedge, met à profit plus de 12 ans d’expérience en finance et gestion des risques pour accompagner les directions financières dans la maîtrise de la volatilité des devises et des matières premières. Il a développé une solution SaaS intuitive et connectée permettant de simplifier et sécuriser les stratégies de couverture. Olivier partage régulièrement son expertise dans les médias économiques et à travers ses interventions auprès des décideurs financiers.

Olivier lechevalier

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